|
"Écrire est un désir universel partagé par beaucoup. Encore faut-il respecter quelques règles essentielles." Humberto Barcena est journaliste, écrivain et Conseil littéraire sans concession. Aujourd'hui il a élargi ses services à l'Espagne. Sur la Toile, il fait partie des spécialistes littéraires atypiques. Il est persuadé qu’on ne naît pas forcément écrivain : qu’on le devient à force de travail et de persévérance. À condition qu’on n’ait pas que des histoires lénifiantes à raconter.
Marion Laspalles : « Écrire est un désir universel, partagé par beaucoup. Encore faut-il respecter quelques règles essentielles », dites-vous : n’est-ce pas une lapalissade ?
Humberto Barcena :
Non, je ne le pense pas.
Peu les respectent.
M. L.-Par règles
essentielles, vous pensez à la grammaire, à la
syntaxe et à la ponctuation ? H. B.- Vous oubliez le vocabulaire. Oui, tout ceci en fait partie, mais pas seulement. Il faut d’abord passer par la gestation de l’œuvre : quel temps lui fixer, quelles limites lui accorder, en quoi l’auteur est impliqué ? Puis vient la réflexion de sa structure. Un écrivain, est quelqu'un qui éprouve le besoin de créer un monde véritable et bien entendu, complet. Sa structure ne devra donc pas négliger aucun plan de la réalité. Il devra définir les principes, les causes et les effets de son récit. Il devra réfléchir au personnage en soi, c’est à dire, se demander dans quelle mesure celui-ci est taillé dans la chair même de l’auteur puis, au personnage dans l’œuvre. Enfin, comment conduire l’action. Comme on le ferait d’une symphonie, en somme ; andante, allegro ou presto con fuoco. Une fois tout ceci posé, se mettre à écrire. Sans oublier, bien entendu, de le faire en un bon français. À mon avis, ce sont là les règles essentielles.
L. M.- Un travail complexe
et méticuleux… H. B.- Et doublé d’une grande patience. La grande majorité des textes que nous recevons, ou qui sont publiés sur la Toile, sont le résultat d’un besoin presque thérapeutique de se livrer. Et franchement, ce n'est pas toujours bon. Un soliloque qu’on aimerait que d’autres entendent. Sans préparation ou le moindre recul critique. Un acte presque spontané. Remarquez, on trouve la même production dans l’édition traditionnelle ; à cette différence près, que le conseil littéraire et le correcteur ont travaillé sur le manuscrit durant des semaines. En dehors de ces besoins d’exaltation égocentrique, peu de manuscrits sont bien construits, ou demandent, dans certains cas, à être plus ou moins travaillés. Et ne parlons pas de ceux écrits à la pelle Poclain…
L. M.-
Je vous trouve
bien sévère.
H. B.-
Vous trouvez ? Peut-être : on dit que la vérité
n’est pas toujours bonne à dire. Beaucoup
n’aiment pas ça, certainement. Mais nous ne
parlons pas de faits graves et définitifs. Il
n’en va pas de la vie d’aucun tout de même… !
Dans ce cas précis, si les textes ne sont pas
bons, je ne maintiens pas les gens dans
l’illusion. C’est d’abord leur rendre un mauvais
service et je leur permets de faire des
économies. Nombre de « conseils littéraires »
ont pris l’habitude de caresser l’écrivain
putatif dans le sens du poil. Surtout sur la
Toile, qui a vu exploser une spécialité réservée
jusqu’alors à des vrais professionnels de
l’écriture. On a beau dire, mais l’apprenti
écrivain, sauf exception, est considéré avant
tout comme un client. Comme une vache à lait que
l’on trait sans considération.
C’est une erreur. Ce
comportement sème le discrédit et la méfiance
sur une spécialité qui compte tout de même des
gens sérieux et honnêtes. Et puis, la médiocre
qualité de ce qui est publié sur le Net,
contribue pour l'essentiel à discréditer
l'édition en ligne. Il serait temps de se
reprendre ! L. M.- Vous dites « permets de faire des économies ». Un conseil littéraire est cher ?H.B.- En ce qui concerne les économies : je n’accepte pas tous les travaux qu’on me propose. Tenez, par exemple, des corrections : il y existe des personnes qui ne passent même pas leurs textes au correcteur automatique. La page corrigée a beau aller de 2 à 6 €, je leur conseille un outil de correction utile et leur renvoie le texte, sans plus. Un diagnostic n’est pas bien cher, environ 400 € (TTC) entre 100 et 250 pages…Et en raison de l'air du temps, on peut étaler le règlement.
L. M.- De quoi se compose
votre diagnostic ?
H. B.-
Il s’agit d’une lecture détaillée, de
l'appréciation globale du sujet, des
personnages, des situations, du vraisemblable et
de l'invraisemblable… le mieux est de vous
montrer
un exemple.
Je vous disais donc qu’il fallait compter
environ 400 € pour ce travail. Dans ce cas, je
suis particulièrement sincère et il m’arrive de
déconseiller à la personne d’aller plus loin.
Souvent, quelques-uns insistent. Il faut savoir
que dans ce cas, une réécriture peut varier de
10 à 80 € la page. La majorité s'en convainc et
n’insiste pas. Ceux qui pensent que j'ai tort
vont ailleurs. C’est leur choix. En ce qui me
concerne, je préfère les diriger vers des
ateliers d’écriture recommandables. Quand à la
réécriture totale, ou au travail d’écrivain de
substitution, tout dépend du sérieux du projet,
car là, pour répondre à la deuxième partie de
votre question, le conseil littéraire se
complète de l’écrivain, et il s’agit dès lors
d’un travail, comme dites-vous… ?
L. M.- Complexe et
méticuleux.
H. B.-
C’est ça. Ajoutez qu’il peut être long. Ça peut
donc devenir cher… enfin, pas tant que ça,
car si le sujet a été bien
réfléchi, bien structuré, s’il contient des
personnages riches et que le thème est bon, il a
davantage de chances d’être édité en édition
classique. Le tandem apporteur
d’idée/professionnel existe bel et bien dans
l’Édition.
L.M.- Quels conseils
donneriez-vous aux écrivains putatifs ?
H.B.-
Qu’on ne naît pas forcément
écrivain : on le devient. Pas toujours. Mais il
n’est pas interdit d’essayer. Pour avoir une
chance d’y
parvenir, il ne faut
compter ni sur la chance, ni sur le hasard.
Écrire nécessite beaucoup de travail, un esprit
vif, de la constance et du savoir-faire. Même si
le hasard a permis à quelques-uns d’émerger : le
talent y était pour l’essentiel.
L. M.- Tous ne parviennent
pas forcément à cette aisance…
H. B.-
Non, mais si on a
réellement une belle histoire à transmettre,
quelque chose à dire, de manière différente à la
multitude, avec une sensibilité et un esprit non
communs, le savoir faire n’est pas
fondamentalement obligatoire : toutes les
maisons d’édition ont des conseillers
littéraires, des spécialistes qui pallieront les
défauts et les imperfections. C’est leur rôle.
Essentiel. L. M.- Vous-même, vous écrivez ?
H. B.- Oui. J’aime la littérature policière.
L. M.-
Vous avez été édité ?
H. B.-
Oui. |
Par
Humberto Barcena
